Une forme d’absurdité

15 juillet 2011

Nil novi sub sole. Et, une fois de plus, je ne suis pas dans mon tort.

Résumé des faits. Le 7 juillet, je reçois l’appel d’une dame me prévenant que mon rendez-vous téléphonique du lendemain est annulé (la notion, à la limite de l’oxymore, de rendez-vous téléphonique ne cesse de me plonger dans une certaine perplexité). Je m’étonne à voix haute : on ne m’a jamais convoqué à un rendez-vous téléphonique le 8 juillet. La dame, pas même décontenancée par mon expression de surprise, ne vacille pas, tient son cap et se contente de me répéter l’information : mon entretien est annulé. Je finis par la remercier (j’apprécie les employés qui mènent à bien les tâches qu’on leur a fixées sans en entreprendre d’autres) et raccroche. Eh bien, soit ! Je me réjouis de cette bizarrerie de la vie : un événement qu’on n’attendait pas n’aura finalement pas lieu ! Le 15 juillet (aujourd’hui), je reçois un courriel me prévenant qu’un message m’attend dans mon espace personnel (pourquoi diable ne peuvent-ils pas inclure le message dans le courriel ? ça m’éviterait d’avoir à me dépatouiller avec un navigateur qui ne veut pas ouvrir les documents au format pdf !). Et là, bing ! Des menaces de radiation. La cause : je suis un vilain petit canard qui ne s’est pas présenté à l’entretien téléphonique du 8 juillet. Evidemment ! What else ?

#icebox_mood

11 avril 2011

(Au théâtre.)

Lui (en s’installant à côté de moi) : salut ! tu vas bien ?

Moi (pris au dépourvu) : oui, merci.

(Cinq minutes après.)

Lui : on se connaît d’où déjà ? tu es dans le milieu ?

Moi (avec honnêteté) : non, on ne se connaît pas.

Lui : ah ! ta tête me dit quelque chose, je t’ai croisé au Cox ?

Moi : le quoi ? ah non ! je ne crois pas !

Lui : alors je t’ai vu sur scène ?

Moi : ça m’étonnerait.

Lui : tu as joué dans quoi récemment ?

Moi : euh… pas grand chose ou des choses pas connues.

Lui : ah mais je vois aussi des choses pas connues.

Moi : oui mais là, non…

Lui : …

Message personnel

9 avril 2011

Depuis que je t’ai rencontrée, Ariane, il y a six jours, je passe mes heures à te chercher là où tu n’es pas.

Tu es introuvable ! — (Il sourit. Un temps.) Je sais bien qu’on ne peut pas prendre au sérieux à quelqu’un d’invariablement sinistre.

Et je sens quel homme je devrais être pour ne pas déplaire. Je le connais, tu sais, il m’accompagne, il est là, et jamais jamais il ne devient moi.

Bien sûr, il n’écrit pas un livre sur le premier âge du feu. Il sait qu’on n’écrit pas de livre sur le premier âge du feu, et lorsqu’il me voit immobile, visage sérieux penché sur la table, il danse, lui, léger comme l’air, et tournoie autour des feuilles avec une crécelle… (Silence.)… Je me suis résigné à ce manque. Je m’y suis résigné. Et à la tristesse aussi je me suis résigné. Je la vois partout dans ces montagnes. Je me sens en compagnie ici.

Le vent est triste, la couleur des fleurs est triste, l’odeur du bois est triste…

Je marche dans les sentiers, quel que soit le temps personne ne me dit que je suis ennuyeux, que je suis laid, je marche, je respire, je marche, je vis ma propre gloire, joie, mélancolie, chagrin protègent mon cœur comme des pansements…

Quel ennui pour toi, ma pauvre Arian…

J’ai  appris que je t’aimais dans ces promenades — on visite des mondes où on n’est pas… J’ai laissé ce sentiment tranquillement m’envahir, parce que j’ai imaginé que tu pourrais y répondre — que tu avais saisi derrière l’apparence contraire l’être gracieux, le danseur…

Yasmina Reza La Traversée de l’hiver (monologue de Balint, scène 7)

Rock The Ballet, au Casino de Paris

21 octobre 2010

J’aime bien aller au spectacle sans payer ma place. Ça me permet de partir sans complexe à l’entracte (voire avant), ce qui n’était pas le cas ce soir, ou de dire tout le mal que j’en pense après. Bon… mais ne soyons pas trop dur.

Dans Rock The Ballet, il y a Ballet, autrement dit la danse classique ; ça, j’aime beaucoup quand c’est bien fait et qu’on ne tombe pas dans le tutu façon bayadère. Il y a aussi Rock, qu’il faut comprendre comme le style musical mondialement célèbre (mais ô combien polymorphe) ; ça, j’aime bien mais ça dépend quoi. Et puis il y a The qui est l’article défini bien connu, même des non-anglophones, et qui ne signifie pas grand chose dans ce contexte.

Qu’est-ce qu’on nous propose dans ce spectacle ? Les coupures de journaux qu’on peut lire avant d’entrer dans la salle nous promettent une soirée originale, voire décapante, menée tambour battant par une troupe dirigée par un charismatique danseur, de formation classique, devenu chorégraphe ; on devine entre les lignes qu’il s’agit d’un rebelle extraverti qui a décidé de détourner le ballet trop plan-plan en expression corporelle déjantée façon rock. Eh bien soit ! Entrons dans la salle.

Qu’est-ce qu’on découvre dans la salle ? Le public est hétérogène avec tout de même une forte concentration de lecteurs de Têtu (qui offrait des invitations, mais pas la mienne) mais aussi une bonne dose d’amateurs de chansons rock des années 1970/1980. J’en veux pour preuve que j’ai dû subir, venant du siège situé juste derrière moi, l’hystérie grimpante d’une groupie trentenaire qui vociférait les paroles de toutes les chansons et qui manifestait son enthousiasme en marquant le rythme par des battements de mains sonores ou en hurlant à chaque prouesse chorégraphique (comme si le niveau du son en provenance des baffles n’avait pas déjà suffi à me rendre sourd).

Qu’est-ce qu’on découvre sur scène ? Eh bien oui ! des prouesses, il y en a en veux-tu en voilà : technique impeccable, mouvements synchrones, gestique calée au poil près. Et vas-y que je te fais des sauts périlleux, et vas-y que je saute très haut et que je redescends en faisant une vrille, et vas-y que je te mets la jambe derrière la tête… C’est vrai qu’il n’y a rien à redire à la débauche d’énergie que dégagent les cinq magnifiques danseurs qui s’animent sur scène. Ils sont visuellement très agréables, ce qui ne gâte rien, et, comme on s’y attendait (et comme l’espérait ma voisine de gauche), ils finissent torses nus en fin de seconde partie. Au beau milieu de ces cinq profils gracieux, on nous inflige, assez curieusement, une blondasse dont les tenues ne sauraient rattraper la coiffure ; les cheveux tirés pour former un palmier au sommet de son crâne lui donnent un air passablement cruche et ses costumes sont dignes des meilleurs moments des championnats de patinage artistique des années 1980 : robe bleu-gris à volant et paillettes sur la poitrine ou juste-au-corps trop fuchsia pour dater du millénaire actuel. Franchement, on se demande ce qu’elle fait là ; on a juste envie qu’elle s’assomme une bonne fois pour toutes lorsqu’elle jette sa jambe en butée contre son oreille.

Qu’est-ce qu’on découvre en fond de scène ? Eh bien, on nous sert des images de synthèse dont même les pires karaokés du fin fond de Shinjuku n’auraient osé se prévaloir. C’est une vraie déferlante de visions qui oscillent entre le plus abstrait façon Pacman version β parfois relevé à une sauce psychédélique et le plus concret revisité saupoudré de kitsch : ciel étoilé, faux travelling le long d’une route et… pour Ne me quitte pas, un Paris pour touristes en manque de clichés (Tour Eiffel, panneaux urbains indiquant Saint-Germain des Prés…). En même temps, je ne vois pas bien le lien entre la chanson et Paris (rappelons que Jacques Brel était belge), mais bon…

Qu’est-ce qu’on entend ? Hormis la chanson de Jacques Brel sus-mentionnée dont, honnêtement, on ne voit pas bien ce qu’elle vient faire là (même remarque pour la Habanera de Carmen), on entend une succession sans queue ni tête de titres des Beatles, de Queen, de Michael Jackson, des Black Eyed Peas, de U2… Bref, des poids lourds, même pour moi qui ne m’aventure pas spécialement sur ces terres. On regrette cependant l’absence fréquente de mixage entre les morceaux qui se succèdent, certains allant même jusqu’à un fade out peu approprié au maintien du rythme de la soirée.

Qu’est-ce qu’on ressent ? Eh bien, c’est là qu’est le hic ! Pas grand chose. Même si la seconde partie est l’occasion de quelques tentatives d’humour, c’est bien peu et c’est surtout trop tard (j’ai fini par décrocher un sourire sur Bohemian Rhapsody qui est le dernier morceau avant les bis). Côté émotion, on n’est pas très loin d’assister à un triple lutz de Surya Bonaly ! La chorégraphie, certes remarquablement exécutée, n’est pas inventive pour un centime d’euro ; et elle est peu variée. On est parfois plus près de l’acrobatie de cirque que de l’expressivité corporelle, comme si seule comptait la surenchère à l’exploit physique (et encore, au cirque, on a peur que le trapéziste tombe et on a de la compassion pour les otaries savantes…)

Autrement dit, on assiste à un superbe show technique rock’n'roll qui ne véhicule aucun sentiment, ou disons pas grand chose. Les chansons s’enchaînent sans lien, sans créer d’histoire (mouais, on a bien compris l’idée que la cruchasse surmontée d’un palmier se fait draguer par des mâles bien roulés qui se la disputent, puis que, deux chansons après, elle se fait larguer par le chef de la bande sur With or without you, mais c’est tout de même bien peu). Donc, on prend les numéros comme une suite d’exploits censés nous en coller plein la vue. Et c’est vrai qu’ils lèvent haut la jambe et qu’ils restent très longtemps en l’air. Et c’est vrai qu’ils sont choupi ! Et on se dit qu’on aimerait bien pouvoir/savoir faire ne serait-ce que le quart du huitième de la moitié de ce qu’ils font. Et ça, ça finit par être agaçant !

Conversations du jour

6 octobre 2010

1.Dans la salle d’attente d’une agence Pôle-Emploi

Une dame (déjà passablement excédée et rendue amère par une discussion plutôt houleuse avec un guichetier à propos de ses allocations) s’adressant à un employé qui passait par là : où est-ce qu’il y a des toilettes ?

L’employé (aussi neutre que possible) : les toilettes sont fermées ; c’est Vigipirate.

La dame (plus vindicative que surprise du lien de cause à effet) : eh ben ! déjà qu’on attend deux heures ici, on va devoir pisser dans sa culotte !

 

2. À la billetterie de l’Olympia

Moi (après avoir minutieusement épluché les différents prospectus sous mes yeux) : où peut-on trouver la distribution de Scooby-Doo ?

Le guichetier (du tac au tac, mais oubliant de brancher son micro) : ah non, mais vous pouvez acheter les places ici.

Moi (sans me démonter et me rapprochant de l’hygiaphone qui n’en était pas un) : je voudrais savoir où l’on peut trouver la distribution de Scooby-Doo.

Le guichetier (toujours micro éteint) : ah ben… euh… c’est que…

Je lui fais signe d’allumer son micro.

Le guichetier (en allumant son micro) : … mais qu’est-ce que vous voulez dire par « distribution » ?

Moi (avec la pédagogie qui s’impose en pareil cas) : eh bien, par « distribution », je veux dire les noms des artistes qui seront sur scène.

Le guichetier (visiblement médusé par ma science, mais retrouvant vite son professionnalisme) : sur le flyer, là !

Moi (qui, on s’en souvient, avais déjà épluché les prospectus, d’un air pathétique) : hélas non ! j’ai déjà regardé, et ce n’est pas indiqué.

Le guichetier (faisant visiblement un effort de concentration) : cette année, je sais pas, mais l’an dernier, il y avait un chanteur connu et d’autres pas connus.

Moi (acquiesçant plus qu’il ne faudrait et transporté par cette information de nature à m’éclairer) : ah ben oui, forcément, on peut pas connaître tout le monde.

Opéra & gratuité

15 juillet 2010

Paulette, tu vois, c’est un peu Tatie Danielle en moins perverse mais en plus gueularde. Retraitée de la Poste (on ne disait pas encore Banque Postale il y a vingt ans), elle habite Rouen et s’offre régulièrement des virées à Paris pour assister à un maximum de représentations à l’Opéra national de Paris (ONP), tant au Palais Garnier qu’à Bastille. Espiègle en diable, elle ne rate pour rien au monde, manifestant son enthousiasme par des applaudissements nourris, les descentes de l’essaim d’ouvreurs qui ponctuent les soirées et marquent la fermeture du théâtre. Coquette sans pareille, elle demande toujours qu’on (une ouvreuse, de préférence, mais je sais qu’au moins un collègue masculin a dû jouer les servantes) lui mette ses bijoux avant de rejoindre sa place. Passablement geignarde, elle hurle sur quiconque est à sa portée, pour une raison ou une autre. Enfin, franchement pénible, elle n’hésite pas à beugler pour obtenir le strapontin qui a sa préférence, quitte à faire bouillir l’hôte(sse) d’accueil et à terroriser le spectateur qui l’occupe, lequel finit par le lui céder ; c’est exactement ce qui s’est passé hier soir.

Aujourd’hui, grande fête nationale oblige, l’Opéra de Paris offrait au tout venant, dans une tentative de reconstitution de l’abolition des privilèges, deux représentations gratuites (oui oui ! sans payer !), un ballet à Garnier (La Petite Danseuse de Degas), un autre à Bastille (かぐや姫 -- Kaguyahime). Quand c’est gratuit, mon expérience en atteste, les gens perdent le peu de civilité qu’ils pensent avoir. Ce matin, à 10h30 (pour une représentation qui commencerait à 14h), une file d’une centaine de personnes était déjà constituée le long du bâtiment, les uns jouant au tarot, d’autres s’escrimant à finir un sudoku, d’autres encore papotant. Ambiance bon enfant, donc. Une première ondée n’a pas déstabilisé ce premier peloton bien implanté mais a probablement dû décourager quelques badauds. La seconde, une vraie rincée, a littéralement liquidé la file. Heureusement, entretemps, tout le monde avait pu entrer dans le palais et rejoindre un siège.

Tout le monde, non. Car, au grand jeu du je fais la queue, on ne saurait échapper à celles et ceux qui réservent des places pour d’autres qui arriveront plus tard. La technique est bien connue : on s’installe sur son strapontin, sa chaise ou son siège, c’est selon, on dépose ostensiblement un foulard Hermès, un parapluie mouillé ou une moufle trouée, bref un truc que personne n’osera toucher, sur la place d’à côté et on descend d’un air assuré les grandes marches en expliquant au personnel d’accueil qu’on va chercher son mari, sa copine ou ses enfants, c’est selon.

- (limite agressif) Ah mais non ! plus personne ne rentre : on a compté les spectateurs qui sont entrés et on a atteint le quota. (puis, comme pour donner un coup de massue mais bien articulé) Question de sécurité !

- (un peu déstabilisé, mais d’un air qui transpire le bon sens) Mais non ! J’ai réservé la place d’à côté, donc il y a des places vides, ce n’est pas plein, je vous dis !

- (d’un air triomphant et avec une pointe d’ironie, comme si la réplique avait déjà servi les années précédentes en la même occasion) Ah mais je n’ai pas dit que c’était plein, j’ai dit que le quota avait été atteint, on ne rentre plus ; (sans menace, mais avec la fermeté qui s’impose pour faire valoir une logique implacable) et si vous sortez, c’est définitif !

Tandis que certains battent en retraite tout en tapotant frénétiquement sur leur téléphones mobiles, d’autres insistent lourdement. Voire, sous les yeux de son épouse quelque peu médusée et gênée, un gaillard d’une trentaine d’années qui arrivait de dehors via la boutique, pas spécialement costaud voire un peu balourd, affronte le vigile de service et saute par-dessus le cordon de sécurité. Le garde appelle du renfort et les explications fusent sur un ton crescendo. De mon côté, je fais valoir à la dame, qui est restée à l’écart et qui craint le pire pour son mari, que cette confrontation n’en vaut pas la peine : Le spectacle est gratuit, hein, c’est pas comme si vous aviez payé ! On vous offre une place à l’Opéra, alors tenez-vous bien ! Ce à quoi, elle me répond : Ben justement, c’est gratuit, donc on a le droit de voir le spectacle !

Bon… de toutes façons, comme c’était l’heure de déjeuner (la pluie, ça creuse) et que, heureusement, la bêtise humaine ne me coupe pas l’appétit, je préférai ne pas poursuivre et n’assistai pas à la conclusion. Mais, au sortir des spectateurs, je pus constater que le fauteur de troubles avait finalement pu assister à la représentation aux côtés de sa femme. Morale de la fable : la violence et l’agressivité paient ; et la bêtise aussi.

De son côté, Paulette, en habituée des lieux, n’avait pas jugé utile de faire la queue. Se présentant donc devant les grilles qu’elle trouva —forcément— fermées (puisque le fameux quota avait été atteint, cf. plus haut), elle commença à héler le vigile de sa voix de rossignolet du bois hyène en furie pour lui demander gentiment ordonner de lui ouvrir les grilles. La pluie battant son plein, la pauvre Paulette, certes vêtue d’un pardessus imperméable et coiffée d’un plastique tous temps, hurlait de plus belle, vociférant et menaçant tous azimuts. Le responsable en chef de l’accueil, suivant le déroulement de l’action à bonne distance, tint bon, droit dans ses bottes. D’autres, moins responsables (pas moi, hein, faut pas pousser), tentèrent pendant un bon quart d’heure de le faire plier : ben oui, la pauvre Paulette toute rincée par la pluie et au bord de la crise de nerfs, on ne peut pas la laisser comme ça, elle fait pitié, et puis on la connaît, Paulette, c’est pas comme si c’était une étrangère… Le chef rétorqua qu’au fil des années, elle est devenue méchante, donc non ! Et puis si on lui ouvre à elle, pourquoi pas aux autres ? (NB : envolé l’argument officiel du quota de sécurité qui a servi en d’autres occasions !) J’appris pendant le déjeuner (c’est le même déjeuner que celui qui est mentionné plus haut ; non, je n’ai pas mangé deux fois, même si la pluie, ça creuse) que la corde sensible de l’imperturbable chef avait fini par vibrer. Donc welcome home Paulette ! Encore une fois, pression, insistance, chantage au cri et agressivité ont payé.

L’entracte venu, le walkie talkie grésille dans mes oreilles : à l’étage de l’orchestre, on recherche le grand chef de l’accueil, et fissa ! Ben, il est parti à Bastille pour l’autre festivité gratuite, que je réponds dans le combiné. Ah ! C’est ballot, parce que Madame la directrice de la danse voudrait discuter du cas Paulette : il semble en effet que ses cris perturbent les étoiles (pas celles du ciel, encore que… mais celles qui sont sur scène en collants et tutus) ! CQFD.

Avec tout ça, la seule réjouissance de la journée, c’est d’avoir gagné un parapluie labellisé ONP ! En même temps, après avoir mouillé mes bas de pantalons et mes chaussettes jusqu’au trognon, ce n’est que justice, car c’est cela aussi la gratuité à l’Opéra de Paris !

Constat de virtualité

2 juillet 2010

Tu n’es pas sans savoir, ô lecteur, combien le monde moderne aime à s’entourer de virtualité. Sous prétexte d’améliorer la communication, on la rend factice. Je sais bien ce que tu vas dire : c’est tellement pratique de pouvoir joindre ses amis partout dans le monde depuis un simple ordinateur, de pouvoir réagir sur la toile vingt-quatre heures sur vingt-quatre grâce à son téléphone-qui-tient-dans-la-poche, de réchauffer la flamme d’un amant en le saluant (on dit pokant) plutôt qu’en lui adressant la parole, d’alimenter son journal depuis le fond de son lit (comme je suis sûr que tu es déjà en train de m’imaginer en nuisette… je t’arrête tout de suite ! ne fantasme pas trop !).

Quant à moi, je résiste tant bien que mal, déchiré entre une certaine conception des relations humaines et le désir d’être aimé (même virtuellement) d’un grand nombre. Face à ce dilemme ô combien cruel, je me suis mis à recenser mes Facebook friends (je n’ose écrire amis, malgré mon acharnement maladif à défendre la langue française, tant le mot anglais me paraît convenir mieux pour couvrir un concept à la fois large et flou).

Avec 179 FB friends, je ne fais pas partie des profils les plus friendly, mais je ne démérite pas non plus (si jamais le mérite a quelque chose à voir là-dedans). Comme d’autres, je passe un bon coup de plumeau de temps à autre, histoire de me convaincre moi-même que je suis exigeant en matière de friendship, et aussi pour éviter d’avoir mon mur couvert d’humeurs en provenance de gens dont je ne sais plus pourquoi ils font partie de mes friends.

J’ai tenté (l’exercice est loin d’être aisé) de classer mes friends en plusieurs catégories, et de voir quelles réflexions je pouvais en tirer. La tâche est d’autant plus ardue si l’on veut réaliser une partition (au sens ensembliste du terme), car certains friends pourraient facilement appartenir à deux ou trois catégories et aussi parce que certains sont inclassables (ou alors il faudrait créer une catégorie spéciale qui ne contiendrait qu’un élément, ce que j’ai dû me résoudre à faire), ce qui pose évidemment le problème de la catégorisation elle-même : quelles seraient de bonnes catégories ? Bref… comme je n’ai tout de même pas envie d’y passer des heures, voici l’état actuel de mon analyse.

Je commence avec un OVNI : la catégorie Famille qui ne contient qu’un élément, à savoir ma maman. Une rareté, donc. Et diable ! que fiche donc ma maman sur Facebook ?

Amis (c’est-à-dire, pour simplifier, ceux que je croise régulièrement, avec qui j’ai des discussions qui ne se résument pas à un bref salut et avec qui j’éprouve un certain plaisir à être) : 43. Autrement dit même pas un quart. La démonstration pourrait s’arrêter là, tant le constat est affligeant ! Mais on sait bien que Facebook n’est pas qu’un outil (brrrrr… quel mot !) pour rester en contact avec celles et ceux qui sont déjà nos amis. C’est aussi un moyen de nouer de nouveaux liens ou d’entretenir (ou non) des relations plus lâches ; donc allons voir la suite…
Que je croise (celles et ceux que je connais dans la vie réelle et qui me reconnaissent, qu’il m’arrive de croiser mais avec qui les discussions éventuelles restent passablement futiles) : 42. C’est-à-dire, à un iota près, autant que les Amis. Pas de quoi s’étonner, surtout que la ligne de démarcation entre cette catégorie et la précédent s’avère tout de même fluctuante. En y regardant de plus près, je m’aperçois qu’elle contient en grande partie des vestiges d’un site de rencontres pour garçons sensibles. Logique !
Bonjour/Q (ceux qu’il m’arrive de croiser et avec qui un bonjour/salut s’avère être à peu près le maximum de communication, ou d’anciennes coucheries, ce qui revient au même) : 14. Là aussi, ça reste honnête. Et, là aussi, la distinction entre cette catégorie et la précédente peut être sujette à mon humeur.

Passé (celles et ceux que j’ai connus pendant mes études) : 8. Une fois passé les retrouvailles (tu n’as pas changé !), l’échange convenu de quelques anecdotes (tu te souviens du jour où la prof d’anglais s’est assise sur un coussin péteur ?) et le partage de photos improbables mais qui font toujours rire (mouarf ! ta coupe de cheveux !), les discussions s’estompent relativement vite.

Ancien boulot (éléments issus d’un passé plus récent, donc) : 5. Heureusement, les discussions peuvent parfois évoluer vers des sujets qui n’ont rien à voir avec l’ancien boulot !

Et bien sûr, il y a l’aspect réseautage : formons une grande famille car nous avons les mêmes envies et pratiquons le même art. Il y a les Rézoconnus avec qui on a déjà partagé un bout de scène (dans ce cas, certains auraient même pu atterrir dans les Amis) ou avec qui on a papoté à la sortie d’un spectacle ; total : 36 (pas si mal !) Puis, les Rézoinconnus qu’on a déjà croisés dans la vraie vie mais avec qui on n’a jamais parlé ; total : 11. Très souvent, du moins en ce qui me concerne, c’est l’autre qui est demandeur de ma FB friendship. Je l’accepte en pensant vaguement que cette nouvelle relation va m’ouvrir des portes. Il n’en est évidemment rien (du moins pour le moment) et dans tous les cas, l’expérience a prouvé que, s’il me croise dans la rue, un Rézoinconnu ne me reconnaît pas ; en même temps, le Rézoinconnu, par quasi-définition, a beaucoup d’amis. Et, enfin, les Rézogroupes (total : 17), catégorie plus pernicieuse que les Rézoinconnus car, dans ce cas-là, lesdits inconnus se dissimulent derrière un collectif. On ne sait pas à qui on a à faire. Et, ça tombe bien car, en général, on n’a rien à faire, mais c’est tellement sympa d’être l’ami d’un théâtre ou d’un spectacle qui tient l’affiche.

J’ai gardé le meilleur pour la fin : l’Inconnu. Jamais rencontré, jamais vu, jamais parlé avec. On a des friends en commun, il m’a lancé une invitation, je n’ai pas refusé, pensant qu’on allait clavarder de sujets qui me tiennent à cœur. Depuis, plus rien : absence de communication totale ; il ne publie pas d’humeur, ne commente pas les miennes.

Voilà ! Il fait trop chaud ces jours-ci pour passer l’aspirateur, mais le moment viendra où j’aurai une très forte envie de me débarrasser du surplus de virtualité parfois oppressante.

Aventure au-delà de l’extraordinaire

30 juin 2010

Tu sais, lecteur, combien j’aime à narrer mes petites aventures de rien du tout qui font que ma vie quotidienne est… comment dire… quotidienne !

Pris d’un désir fou de bénéficier de la gratuité dans les piscines municipales, j’ai décidé de m’inscrire comme demandeur d’emploi. Jusque-là, on frise le bon sens. À l’heure où tout ne passe que par la Toile, je ne suis pas surpris de pouvoir effectuer ma démarche en ligne. Je clique, je remplis les cases (pas toutes, hein ! faut en laisser pour la suite), j’en profite pour me poser des questions sur mon avenir (ça ne fait jamais de mal) et je n’ai aucun mal à recevoir un courriel me confirmant la prise en compte de ma demande. On m’indique aussi que je recevrai sous trois jours soixante-douze heures un courrier (un vrai, par la bonne vieille Poste) qui me proposera un rendez-vous à mon agence la plus proche.

Le courrier arrive dans les temps (la Poste n’était pas en grève) et je lis que je dois me présenter sous cent vingt heures cinq jours à l’agence sise au 109 de l’avenue F***. Je trépigne déjà d’impatience à l’idée de mon premier entretien et lis avec attention la liste des pièces dont il faudra que je me munisse pour le grand jour. Mais quel jour au fait ? Je lis et relis… On ne me précise pas de date ou d’horaire, simplement une date limite (sous peine de repartir à la case départ).

J’ai choisi d’y aller ce matin, non sans m’être demandé auparavant si je ne ferais pas mieux d’aller faire l’ouverture des soldes. Bref… Je prépare mon dossier ; en vrac : la carte d’identité, la carte vitale, le RIB et tutti quanti. Je revêts ma tenue du moment, qu’on croirait faite pour se prélasser à l’ombre d’un parasol sur Coco Beach. Et je me mets en route, direction le 109 de l’avenue F***.

Supposant l’agence au plus près de chez moi, j’entreprends de m’y rendre pedibus et, arrivé d’un pas allant au bout le plus proche de l’avenue F***, je m’aperçois que ledit bout correspond au numéro 1. Donc, ni une ni deux, le métro s’impose pour une ou deux stations ; je tente deux (le 109, c’est grand comme nombre). La bouche me fait émerger devant le 107 (j’aime les journées comme ça). Je m’avance vers le 109 qui semble du moins délabré sinon franchement abandonné, et suis obligé de chercher l’entrée, ou du moins quelque chose qui ressemble à une porte. Tiens ! en voici une qui arbore passablement — je m’approche — un petit écriteau qui indique « L’agence ANPE se trouvera au 123 à partir du 6 juillet 2009″ (non non, pas 2010). Je me fais mentalement la remarque que le courrier que j’ai reçu aurait pu tenir compte de ce déménagement qui n’a pas l’air de dater d’hier.

Pris par le tourbillon de l’aventure (tu m’connais), je poursuis, enthousiaste, jusque devant le numéro 123. Une agence Pôle Emploi Services d’offre à moi. D’ailleurs, je ne sais jamais bien si c’est « Emploi » qui est au singulier et « Service » au pluriel, ou l’inverse, ou ni l’un ni l’autre ; j’ai renoncé à y trouver une quelconque logique. Ceci noté, je pousse la porte vers neuf heures et quart, soit quinze minutes après l’heure d’ouverture (un site web indiquait 8h45, mais on n’est pas à ça près), pour découvrir un chaos humain : une sage mais sincère agitation règne, teintée de désespoir et de résignation, tant du côté des clients demandeurs que des vendeurs agents. On appelle des noms ; parfois, quelqu’un répond et se présente, parfois non.

Je me poste où je peux, et on ne tarde pas à m’inviter à venir à un comptoir. J’explique ma situation et tend le papier reçu par la Poste. L’œil hagard, mon interlocuteur ne peut contenir son agacement par un « Putain, mais c’est pas vrai » en direction de son collègue de gauche. Calme comme la colombe qui dépose son épi de blé au-dessus du champ de bataille, j’observe la scène et apprends que je suis le quatrième depuis ce matin (depuis un quart d’heure, donc) à me présenter sans rendez-vous précis. Il faut donc aménager l’emploi du temps. D’un coup d’œil rapide, je m’aperçois qu’on est en train de griffonner sur ledit emploi du temps des numéros dans des cases horaires autour de 11h30. Un rien affolé (y a les soldes, hein !), je suggère timidement de prendre rendez-vous maintenant et de repasser un autre jour. Que nenni ! On va me recevoir (ce sera le collègue de gauche, me précise-t-on) d’ici peu pour un premier entretien d’inscription ; suivra un entretien de… (ah ! flûte ! j’ai oublié de quoi ! faudra que je redemande !). J’augure du pire et m’imagine déjà dépité devant les rayons vidés des -70%.

Je ne patiente sur le côté que quelques minutes avant de prendre place dans un bureau spacieux mais à la décoration inexistante (je ne me formalise pas). On me ré-explique le pataquès l’histoire des convocations sans rendez-vous précis et je prends mon air le plus suave pour montrer que, absolument, je comprends tout à fait la situation qui est bien anormale et que, merci merci, je me sens tout à fait privilégié d’être reçu dans un si bref délai.

Je sors de ma besace un dossier orange qui contient le RIB, les attestations et tutti quanti. On me demande ma carte d’identité. Je la tends sans hésiter mais… certain de la sentence qui va suivre. D’un ton presque désinvolte et sans animosité aucune, l’agent me dit que ma carte est périmée. Au fond de moi, je le sais bien, puisque, au moment de partir, j’avais même hésité (et j’aurais dû) à prendre mon passeport. Je ne crie pas, je ne me débats pas, je ne résiste pas ; seul un « ah bon ? » aussi peu convaincu que convaincant parvient à franchir le seuil de mes lèvres. Avec la même monotonie qu’avant, il me demande si j’ai un passeport ; je réponds par l’affirmative, mais ne sachant plus bien au fond de moi-même s’il est encore en cours de validité. Puis blanc, silence. Le regard tourné vers un écran et cliquant ici et là, il finit par me dire qu’il va me proposer un autre rendez-vous. Abandonnant sa placidité l’instant d’un « Putain, c’est pas vrai ! » destiné à un ordinateur visiblement capricieux, puis retrouvant une sérénité étonnante, il m’apprend que les plages de rendez-vous ne sont pas encore ouvertes, mais qu’il s’occupe de trouver un créneau aujourd’hui et de m’envoyer un courrier (par la Poste, je suppose).

Je sors de l’agence à 9h25 aussi benoîtement que j’y étais entré. La gratuité des piscines municipales attendra encore un peu… mais pas les soldes !

Au service de l’art (et de l’amour ?)

4 mai 2010

Il y a des jours où je n’arrive pas, malgré mon super-entraînement de l’art du zen,  à prendre du recul sur les bassesses de ce monde (bah je sais… il y a des choses plus graves dans la vie que mon quotidien, mais bon on est ici pour parler de ma petite vie, non ?)

Ces temps-ci, par exemple, je travaille dans un immense établissement réputé pour ses spectacles et ses moyens impressionnants (dans le cas présent, les deux naviguant de conserve). Je me dis naïvement (je suis un faux naïf, comme tu sais) que ce genre d’établissement trie sur le volet ses salariés, visant par là l’excellence professionnelle, la seule capable d’aller de pair avec l’excellence artistique.

Eh bien patatras ! Si j’avais effectivement subodoré la supercherie depuis quelques temps déjà, je n’ai pu m’empêcher aujourd’hui de friser l’agacement face à un tel manque ambiant de professionnalisme. Plus qu’un manque ambiant de professionnalisme, il s’agit d’un irrespect manifeste envers autrui. Et tu connais, ô lecteur, ma profonde sensibilité face à l’irrespect.

Dans le détail et dans le désordre, on peut commencer par l’équipe de coulisses : des accessoiristes déjà perdus à l’idée d’installer deux tables à roulettes (j’en profite pour signaler qu’il s’agit de la quatrième reprise de la production, donc, en principe… l’expérience des années passées permet de pallier la paresse naturelle), un régisseur affolé d’avoir perdu des solistes au moment de leur entrée en scène alors qu’ils sont sous son nez depuis cinq bonnes minutes, un technicien qui maugrée parce que son chef lui a mal parlé (donc forcément il boude dans son coin et il ne charge pas les décors), un autre qui rumine parce qu’il pensait être en  pause et qu’il ne l’est pas (donc forcément il s’assoit sur son enthousiasme)… bref des incompétents rondement payés (et quand je dis rondement, je dis rondement) qui oublient trop souvent qu’ils travaillent pour l’art et que, par conséquent, ils devraient y prendre un pied fou (et ils oublient aussi que beaucoup d’autres sont moins bien lotis) !

Ensuite il y a Messieurs les artistes du chœur (qu’on se rassure, il y a des dames aussi, mais on ne change pas une appellation séculaire). Voix recrutées avant tout pour leur volume sonore sur scène (moi je dirais plutôt qu’ils beuglent avec l’intention avouée de couvrir les solistes), celles-ci n’arrêtent pas de se faire entendre dans les coulisses, à l’heure où le silence est en principe indispensable. Au programme des réjouissances : soit on montre comme on a un bel organe en vocalisant à pleins poumons sur la musique d’orchestre ou les couplets du soliste qui chante en scène, soit on parle (forcément fort) des problèmes existentiels du moment (ils s’foutent de notre gueule ou quoi ? la machine a café est cassée depuis une demi-heure et elle n’est toujours pas remplacée, non mais comment on va survivre ?) ou, par regroupements selon les pupitres, on dit tout le mal des solistes (non, mais tu as entendu unetelle ? elle est vraiment indigne d’être sur scène avec ses aigus trop verts ! au mieux, elle pourrait être dans un chœur de province !) Dans tous les cas, si un régisseur (voire le metteur en scène himself) ose entreprendre de demander le silence, rien n’y fera ; et on n’aura même pas cillé ! Et évidemment, on méprise les figurants (sauf exception, voir plus bas). Musicalement parlant, on peut également douter du sérieux de la chose : trois reprises du même passage mettent toujours en évidence un suivi rythmique défectueux ; au mieux, à d’autres endroits, les défauts sont corrigés sur l’instant, mais d’une répétition à l’autre, c’est une autre affaire et le maestro n’a plus qu’à redire ce qu’il a déjà répété (il faut dire que ces gens-là notent dans leurs têtes).

Dans la rubrique des miscellanées, je ne peux pas passer sous silence la question des ombres projetées créées par le passage de celles et ceux qui déambulent devant les projecteurs latéraux à cour et à jardin. Le metteur en scène himself a dû bien dire une dizaine de fois de faire attention ; au bout de la cinquième heure de répétition, il a fini par exiger qu’on mette des cordons pour empêcher tout passage devant lesdits projecteurs. À un mime qui me disait que c’était ridicule d’en arriver là et que c’était au régisseur (celui qui a perdu les solistes sous son nez) de gérer la situation en empêchant les gens de se placer devant les lumières, j’ai tout de même rétorqué, n’y pouvant plus (en plus, j’avais faim), que chacun d’entre nous avait aussi le droit de se responsabiliser, surtout que la consigne a été donnée à plusieurs reprises. Ne voulant pas céder à mon agacement face à mon interlocuteur, j’ai gardé pour moi que, en principe, des artistes professionnels peuvent aussi avoir le réflexe de s’assurer qu’ils ne créent pas des ombres depuis la coulisse (ça me paraît le minimum), surtout que bon… les projecteurs latéraux, il y en a un de chaque côté, tous deux fixes, on sait où ils sont et que c’est pas la mer à boire de faire attention quand ils sont allumés (surtout que 500 kW, ça se remarque dans le noir).

Dans la rubrique non mais c’est pas possible ces boulets, je me dis qu’il y a certains de mes collègues qui finiront peut-être par saisir avant la fin des représentations l’ordre des scènes du spectacle. C’est vrai que, aujourd’hui, c’était pas d’bol : on a pris exprès les scènes dans un ordre différent de celui des représentations (mais comme on est dans un établissement sérieux, on avait affiché une note à notre attention pour nous en informer). Du coup, ça a enduit d’erreur une collègue qui m’a affirmé non sans avoir pris un air de non mais ça va hein j’te dis que j’ai compris qu’elle savait exactement comment elle devait s’habiller pour le prochain tableau… avant de me demander sans aucun état d’âme (et sans même s’en apercevoir) quel était le tableau d’après !

Quand je dis que j’ai passé une journée à la maternelle, on a du mal à me croire  !

Enfin, dans un groupe, il y a toujours la star, celui qui a besoin du regard des autres pour exister, qui connaît déjà tout le monde (sauf moi, hein, faut pas pousser), qui t’explique tout sur la mise en scène en allant jusqu’à rappeler à l’entour ce que chacun doit faire quoi (ben oui, il l’a déjà faite, cette production au cas où tu savais pas !). La star du moment dans mon histoire, c’est un mannequin pour mains & pieds (ça ne s’invente pas, j’ai vérifié son book). Il copine forcément avec tout le monde (sauf moi, évidemment, mais dois-je m’en plaindre ?), y compris avec Messieurs les artistes du chœur (je n’ai toujours pas éclairci pourquoi). Évidemment, il parle en coulisses, certes pas aussi fort que d’autres (question d’organe probablement), mais, pour compenser il rit bruyamment (parce que la star se doit toujours de montrer sa bonne humeur), de préférence au plus près du plateau pour être certain que ceux qui sont sur scène en train d’essayer de répéter sachent où il est. Et, naturellement, il aime bien passer devant les projecteurs latéraux (de préférence celui à jardin qui met mieux en valeur son profil favori) ; et naturellement il saisit toutes les occasions pour figurer à l’avant-scène (quitte à te bousculer, mais c’est de bonne guerre, me diras-tu). Jusqu’ici, je te l’avoue, rien de vraiment condamnable. Et puis… lorsque la mauvaise bouffonnerie laisse place à la médiocrité et à la bassesse, je ne ris plus. Car, quand on ment éhontément en public (avec simulacre de je monte sur mes grands chevaux) sur une affaire de nombre de répétitions au détriment de collègues moins bien servis (donc moins bien payés), j’ai envie de vomir. La désinvolture, c’est déjà assez pénible. L’irrespect et la tromperie, c’est insupportable !

Mais, mis une fois de côté tous ces désagréments (notamment grâce à toi, lecteur), quel bonheur d’être embarqué dans cette aventure ! Et, heureusement, comme aujourd’hui, je sais que, les jours difficiles, je pourrai compter sur lui, lui qui m’a fait rire cette après-midi alors que je ne desserrais pas la mâchoire, lui qui m’a massouillé le dos sans que je lui demande, lui qui n’a pas hésité à répondre à mon étreinte en manque d’affection… lui que je drague sans retenue depuis quinze jours…

Traditions & Qualités

21 décembre 2009

« Golden bells !
What a world of happiness their harmony foretells !
»
EdgarAllan Poe

Tous ces cadeaux enrubannés de rose et de bleu, tous ces papiers glacés, tous ces sapins enguirlandés d’argent et d’or, tous ces ornements, tous ces scintillements… je les déteste. Et ces réveillons saupoudrés de neige artificielle, ces branches de houx et ces branches de gui, ces petits symboles qui colorent l’air ambiant, ces détails mineurs qui encombrent l’espace et les surfaces murales… je les déteste.

Et les chansons cent fois répétées, Bing Crosby et son White Christmas, les mélodies mille fois murmurées ou fredonnées, les chaussures sagement – fort sagement – disposées et soigneusement préparées à accueillir les présents, les chaussettes convenablement suspendues au-dessus de la cheminée enchantée, la chaleur de l’âtre, le crépitement des bûches grignotées par les flammes… je les déteste.

Et les vœux de nouvel an, ces prévisions hâtives, ces rêves – parfois – trop vite envolés, les vitres contre lesquelles chacun colle son museau et par lesquelles chacun regarde, avec une admiration annuellement renouvelée, blanchir les toits et les allées… je les déteste. Et il y a aussi le mythe du Père Noël, ce magicien sans âge qui, sans cesse, recommence son tour de passe-passe ; il y a ces secondes comptées à rebours dans l’attente de la nouvelle année à l’instar d’un ritardando qui n’embellirait pas ; il y a tout ce rite, ce cérémonial immuable, cette complaisance dans la fable de la tradition… Ces fêtes-ci, je les déteste…

Et puis il y a d’autres fêtes… A celles-là vont les cadeaux sans aucun ruban autre que la main de celui qui l’offre et les chants dont le cœur aime à s’imbiber, tant leur miel est curatif. A celles-là vont les chaleurs intérieures qui connaissent aussi les méandres de l’autre, l’atmosphère de Villette de Charlotte Brontë, les vœux intimes et altruistes, les Chemins de l’Amour de Francis Poulenc, les sensations partagées et le rubato… A celles-là vont les connivences, les complicités, les tendres confiances, les félicités, les mots de sympathie, les regards de réconfort, Je te veux d’Erik Satie et le plaisir sans effort… A celles-là vont les décors du rire, les richesses d’un sourire, les parures du désir, le doux baiser du zéphyr… et on y entend dire :

« With no words, with no songs
You are going to dance your dream
With your body on.
And this curve is your smile
And this cross is your heart
And this line is your path…
» K.B.