D’une lumière l’autre

21 décembre 2009

Traditions & Qualités

Publié par illuminations dans D'un jour l'autre

« Golden bells !
What a world of happiness their harmony foretells !
»
EdgarAllan Poe

Tous ces cadeaux enrubannés de rose et de bleu, tous ces papiers glacés, tous ces sapins enguirlandés d’argent et d’or, tous ces ornements, tous ces scintillements… je les déteste. Et ces réveillons saupoudrés de neige artificielle, ces branches de houx et ces branches de gui, ces petits symboles qui colorent l’air ambiant, ces détails mineurs qui encombrent l’espace et les surfaces murales… je les déteste.

Et les chansons cent fois répétées, Bing Crosby et son White Christmas, les mélodies mille fois murmurées ou fredonnées, les chaussures sagement – fort sagement – disposées et soigneusement préparées à accueillir les présents, les chaussettes convenablement suspendues au-dessus de la cheminée enchantée, la chaleur de l’âtre, le crépitement des bûches grignotées par les flammes… je les déteste.

Et les vœux de nouvel an, ces prévisions hâtives, ces rêves – parfois – trop vite envolés, les vitres contre lesquelles chacun colle son museau et par lesquelles chacun regarde, avec une admiration annuellement renouvelée, blanchir les toits et les allées… je les déteste. Et il y a aussi le mythe du Père Noël, ce magicien sans âge qui, sans cesse, recommence son tour de passe-passe ; il y a ces secondes comptées à rebours dans l’attente de la nouvelle année à l’instar d’un ritardando qui n’embellirait pas ; il y a tout ce rite, ce cérémonial immuable, cette complaisance dans la fable de la tradition… Ces fêtes-ci, je les déteste…

Et puis il y a d’autres fêtes… A celles-là vont les cadeaux sans aucun ruban autre que la main de celui qui l’offre et les chants dont le cœur aime à s’imbiber, tant leur miel est curatif. A celles-là vont les chaleurs intérieures qui connaissent aussi les méandres de l’autre, l’atmosphère de Villette de Charlotte Brontë, les vœux intimes et altruistes, les Chemins de l’Amour de Francis Poulenc, les sensations partagées et le rubato… A celles-là vont les connivences, les complicités, les tendres confiances, les félicités, les mots de sympathie, les regards de réconfort, Je te veux d’Erik Satie et le plaisir sans effort… A celles-là vont les décors du rire, les richesses d’un sourire, les parures du désir, le doux baiser du zéphyr… et on y entend dire :

« With no words, with no songs
You are going to dance your dream
With your body on.
And this curve is your smile
And this cross is your heart
And this line is your path…
» K.B.

17 décembre 2009

Hommage

Publié par illuminations dans D'un jour l'autre

On enterre ma grand-mère demain matin; elle continuera donc son voyage ailleurs, là où elle est attendue… À l'annonce de son départ vers d'autres horizons, j'ai été envahi d'une profonde tristesse. Pourtant, nous n'étions pas tellement proches et aucun lien, aucune connivence ne nous unissait particulièrement. Je la voyais tout simplement comme une personne âgée, à qui je devais par conséquent le respect. Cette tristesse, je l'analyse comme la conséquence de la perte non d'un être spécialement cher, mais d'une racine, comme si les ancêtres étaient ancrés en nous et faisaient partie de notre chair et de notre esprit. J'écris “comme si”, mais je sais bien qu'il s'agit d'une vérité, du moins un fait auquel je crois, et même une réalité tangible.

De ma grand-mère, j'ai plusieurs souvenirs qui ne s'estompent pas tout à fait.
Il y eut pendant des vacances d'été, ce séjour prolongé chez mes grands-parents, quand j'avais sept ou huit ans, rythmé par la plage du matin, les sorties au jardin botanique l'après-midi et le lavage des pieds dans le bidet le soir avant d'aller au lit.

Il y eut ces dîners en famille où, juché sur une pile de bottins (de moins en moins épaisse chaque année) à un bout de la table rectangulaire, j'avais toujours plaisir à retrouver dans mon assiette la délicieuse salade alliant le maïs à des cubes de jambon, des poivrons et des cœurs de palmiers ; suivait l'inénarrable bœuf tortue et son accompagnement de riz et haricots rouges ; le fromage se présentait sous la forme de mini-babybel de l'enveloppe desquels je m'amusais à faire des sculptures improbables ; je n'ai pas de souvenir du dessert, mais ce devait être de la glace. Et, bien entendu, je revois très nettement les porte-couteaux en ivoire, rapportés des colonies, avec lesquels je construisais de savants édifices à la fin du repas.

Il y eut surtout cette carte d'anniversaire. Lorsque je la reçus, qui venait me souhaiter ma onzième ou douzième année (autant dire au début de la difficile phase de l'adolescence où rien n'est vraiment satisfaisant), je la trouvai immédiatement niaise. J'avais droit en ce temps-là, de la part de ma grand-mère (et co-signé par mon grand-père), à ce genre de cartes sur le recto desquelles on peut lire une pensée, une recommandation mi-naïve mi-philosophe de comptoir, qui s'apparente volontiers à un proverbe à deux sous. Je me rends compte que, après toutes ces années, le dicton que je reçus cette année-là m'est resté. Non seulement, il m'est resté, mais j'ai depuis quelques temps le plaisir d'y adhérer profondément : Fais ce que tu aimes pour aimer ce que tu fais.

Et si c'était cet adage le lien particulier qui m'unissait à ma grand-mère ?

16 décembre 2009

Chaos

Publié par illuminations dans Face au miroir

Les plus belles choses ont surgi du chaos, ou plutôt d'un chaos. Celui qui m'envahit depuis quelques temps constitue-t-il un terreau fertile pour de nobles et sublimes accomplissements ? N'ayant pas la réponse à cette question mais étant par nature contraint d'être optimiste, je vais admettre que oui.

Les doutes fourmillent. Que faire de ma vie ? Pourquoi suis-je bourré de complexes ? Pourquoi suis-je transparent ? Pourquoi suis-je une nouille ? Vaut-il mieux continuer à être subtil ou serait-ce plus épanouissant de renoncer à ma complexité naturelle pour être direct et plus accessible ?

J'ai reçu pas plus tard que cette après-midi sur ma messagerie Facebook une invitation pour la nuit de la Saint-Sylvestre. Jusque là, rien de surprenant : c'est la saison qui veut cela ! Ce qui est plus étonnant, c'est qu'elle émane d'un garçon que je connais à peine, le genre que je croise en vitesse à la sortie du théâtre Bonsoir, comment vas-tu ? (piou piou, on se claque une bise) ; et encore… il s'agit d'une renaissance puisque l'on se connaissait d'avant : à la suite de mes brillants débuts en folle de cabaret moisi, j'avais été invité chez lui pour une soirée DVD de la captation qu'il en avait faite ; pas plus de trois mots échangés pendant ladite soirée. Le recroisant il y a un ou deux mois à la salle de sport, je le reconnais parfaitement et le salue cordialement. S'ensuit une amitié Facebook (dont on sait ce qu'elle vaut) dont je ne sais plus qui en a été l'initiateur ; au cours d'un clavardage ou d'un échange de messages, il finit par me demander d'où il me connaît ; je lui situe le tableau. Bon… Depuis, plus de clavardage, et hormis ces quelques salutations mondaines au détour d'un fauteuil de théâtre, silence radio. Donc, forcément, une invitation pour le réveillon, tu en conviendras, cher lecteur, c'est inattendu ! Je regarde les noms et les profils des autres destinataires (environ vingt) : ou bien ce sont des beaux garçons ou bien ce sont des garçons bourrés de talent, ou les deux, bref… tous des artistes de scènes. Tu imagines mon désarroi, cher lecteur ! Tu me vois dans ce guet-apens ? Moi, encombré de mon mal-être et de ma transparence, je risquerais de bien mal commencer 2010.

Cette (longue) parenthèse m'amène à deux choses. La première : ma fascination teintée de complexes angoissants face à ceux qui font tellement bien (ou même médiocrement) ce que j'aimerais faire. La seconde : le fait que la fin d'année, qui avance à grands pas, marque l'anniversaire de ma première sortie de placard. De la première chose, j'aurais beaucoup à écrire. De la seconde également. Mais ce sera pour une autre fois !

J'en reviens à mon invitation inopinée. Sans hésiter, j'ai interpellé ce garçon grâce au système de clavardage de Facebook. Tout en le remerciant, j'ai indiqué que j'étais surpris. Il me répond du tac au tac qu'il est un garçon surprenant. Je rétorque immédiatement que j'aime ça, l'inattendu. Ne voyant plus rien venir sur mon écran (c'est déjà moins inattendu), je cherche à prolonger la conversation en lui écrivant que je ne sais pas si je pourrai venir. Pas d'écho. J'interviens alors sur un autre sujet qui lui est plus personnel et qui semble le rendre plus loquace, du moins pendant une minute. Puis plus rien. Je vois mes mots vieillir dans la fenêtre de communication virtuelle, puis l'inexorable conclusion : XXX est hors-ligne. Il se disait surprenant ? Pas tant que ça, au fond…

11 décembre 2009

Abrazos rotos

Publié par illuminations dans D'un jour l'autre

Non, je ne vais pas, à l'occasion de sa parution en DVD, gloser sur le dernier opus de Pedro A. (d'autres internautes plus cinéphiles que moi s'en chargeraient bien mieux). Ceci posé, je l'ai vu au cinéma et j'ai adoré.

C'est bien d'étreintes brisées que je veux parler, de cette impression qui ne cesse de m'envahir et de se préciser qu'une fissure de plus en plus béante risque de tourner à la rupture nette et sans ambiguïté. Non, je ne fais pas référence à mon mur mitoyen gorgé d'eau qui m'a valu de rouvrir un dossier sinistre, le précédent étant forclos depuis plusieurs années. Non, je parle de relations humaines.

Dans une vie (la mienne, en tous cas), il n'est pas rare que les amitiés se nouent et se dénouent et que, entre les deux, plus ou moins de temps s'écoule (ce qui fait que certaines sont encore nouées). L'amitié, comme on sait, est une notion difficile à circonscrire. Il y a ces personnes qu'on n'hésite pas à appeler ses amis et d'autres qui n'auront jamais ce privilège ; entre les deux, une grande zone de flou s'étend, grise et mouvante. Les mois ou les années passant, certaines connaissances changent de statut ou, pour utiliser une terminologie de linguiste patenté, varient dans leur degré de typicité du concept d'ami.

Comme dans toute relation humaine dont on pense qu'elle vaut la peine d'être vécue, on s'y investit. On en retire un bonheur certain : celui de donner et de partager ; celui de recevoir me paraît annexe, un plus, un bonus. C'est évidemment un mauvais calcul de ne donner qu'en fonction de ce que l'on reçoit, de ce que l'on s'attend à recevoir ou de ce que l'on espère recevoir : il faut laisser la place à l'inattendu et éviter de se créer de la frustration.

Là où le bât blesse, c'est quand on est traité avec un flagrant manque de respect, du moins flagrant pour celui qui le ressent. Tu vas me dire que ça arrive tous les jours à tout le monde d'être déçu par les comportements de son entourage ! Comme quoi, ma vie n'est pas si extraordinaire (ô ! amer constat !). Dans ce cas, on a tendance à en faire part à l'intéressé(e) sur le mode “Eh oh ! il faut qu'on s'explique ! y a ça et ça qui va pas !“. Je suis toujours partant pour la communication à outrance ; je crois que seule le maintien d'une forme de communication (communication d'adultes, s'entend) permet d'avancer sereinement en prolongeant la relation ou de passer à autre chose. Mais, d'expérience, je sais que tous ne sont pas prêts à discuter… pour tout un tas de raisons que je n'ai pas toutes identifiées. Ce peut être de l'àquoibonisme, du jemenfoutisme, du j'ai rien vu, du j'aimerais bien mais je ne sais pas comment, du j'ai un peu honte de m'être mal comporté(e) alors je reste dans mon trou, du pfff je suis tellement nul(le) avec toi que je ne mérite pas/plus d'être ton ami(e).

Bon ben moi, en bonne bécasse qui voudrait que tout le monde l'aime, j'essaye d'être gentil, d'arrondir les angles et de donner à l'autre l'occasion de s'exprimer, en lui ayant fait savoir plus ou moins subtilement que je suis toujours là, triste et blessé mais droit dans mes bottes, le regard perdu vers l'horizon, toujours prêt à donner et à partager plutôt que pas, sinon la vie n'est plus la vie.

Avec le temps, les bouteilles à la mer arrivent toujours à leur destinataire. Et comme le temps n'existe pas…

8 décembre 2009

Divissima !

Publié par illuminations dans Tutta l'opera !

Il est des chanteurs devant lesquels on se prosterne. Tout en eux n'est que charisme, n'inspire que respect et admiration. On est ébahi devant leur art. On aime leur façon d'être sur le plateau et en dehors. On frissonne dès qu'ils apparaissent, et ce, aussi bien à cour qu'à jardin. Les autres ont beau s'animer autour, voire gesticuler, on ne voit qu'eux. On pardonne tous leurs travers (objectivement, il y en a peu) et on prend leur défense face à leurs détracteurs, quitte à être de mauvaise foi. Mais surtout… on est envahi d'une force et d'une énergie intense, on est parcouru d'une singulière secousse, on se pince à chaque fois qu'on les voit ou qu'on les entend.

Edita Gruberova compte parmi ceux-là. C'est vrai qu'elle a l'âge d'être grand-mère (bientôt 62 printemps) à l'heure où le jeunisme est roi et qu'elle n'est plus très glamour (mais, même jeune, elle n'a jamais été aussi sexy qu'une Netrebko) ; c'est vrai qu'elle n'a pas un répertoire aussi vertigineux que d'autres, mais il a été, ô combien, cohérent et salvateur pour sa voix

Ma première rencontre fut sonore. Une amie, disparue de la circulation depuis, ne jurait que par sa Reine de la Nuit, à l'heure où je trouvais mon enregistrement avec Cheryl Studer tout à fait digne d'éloges. Je fus convaincu sans discussion dès la première écoute ; pour la première fois, j'entendais une créature devant laquelle on frissonnait de peur, face à laquelle on savait qu'il fallait se tenir.

Puis, ce fut le coup de foudre. Pour de vrai. Sur une scène tokyoïte. Elle en Lucia, moi en écossais errant ou en laquais flanqué d'un candélabre. Sa maîtrise vocale m'impressionna tout autant que son humilité, sa quiétude et sa concentration (aujourd'hui, je dirais, médecine chinoise oblige, son centrage). Pour moi qui ai toujours été cérébral, je me fais maintenant la remarque que, avec ces années passées, les figures calmes et réfléchies m'ont toujours fasciné plus que les excités et à ceux qui exposent leurs facilités et leur désinvolture (mais il y a des exceptions).

La voir se préparer derrière le rideau, sereine et alerte, la voir entrer sans vaciller, l'entendre chanter avec sincérité et humanité, il ne m'en a pas fallu plus pour me transformer en groupie. J'ai depuis saisi, autant que je le pouvais et autant qu'il était raisonnable, les occasions de la retrouver. Elle sur scène, moi dans le public. En concert ou dans un opéra. A Paris, à Nice, à Vienne, à Munich, à Bratislava. A chaque fois, une nouvelle émotion, un partage. Pas seulement une suite de trilles bien exécutés ou de belles notes, mais un vrai choc.

Il existe des études scientifiques sur sa voix. Je pense à une en particulier qui date d'il y a environ 15 ans et qui cherchait à savoir pourquoi, dans la scène de la folie de Lucia di Lammermoor, elle émeut plus les auditeurs que celles d'illustres consœurs (Callas et Sutherland, par exemple). Après avoir vérifié qu'il ne s'agissait pas d'un effet subversif d'ingénierie du son inhérent à l'enregistrement d'un disque, ils se sont aperçu qu'elle possède une énergie plus élevée dans les fréquences hautes, en particulier dans les zones dites de formant du chanteur. Je résume… c'était plus subtil que ça, en réalité ! Au moment où j'ai découvert cet article, j'ai accepté sans résistance cet état de fait, cette logique implacable qui met en relation une sensation humaine (l'émotion) et une liste de données mesurables. Aujourd'hui, je n'en suis plus sûr ; ou, du moins, c'est devenu sans importance.

Edita Gruberova revient bientôt sur une scène française, après dix ans d'absence. La dernière fois, j'y étais : elle enchaînait franches pitreries et vaillantes roulades vocales dans une Fille du régiment niçoise ; la même saison, elle offrait au public du Théâtre des Champs-Elysées de subtils duos de mélodies et Lieder en compagnie de Vesselina Kazarova, jusqu'à un étourdissant feu d'artifice de bis opératiques : Mira, o Norma et le duo Lisa-Pauline de La Dame de Pique. Pourquoi tant d'années sans monter sur une scène hexagonale ? Je ne me l'explique vraiment pas. Je peux bien accuser tous les directeurs de théâtre de France et de Navarre qui ont eu des responsabilités durant la dernière décennie, mais ça ne suffirait probablement pas. Car, même lorsqu'elle faisait le tour du monde lyrique dans les années 80 et 90 pour y offrir des Elvira, Lucia, Anna, Giunia, Zerbinetta, Violetta, Amina, Linda etc., rôles dans lesquels elle n'avait que très peu de rivales, on la boudait en France. Question de goût du public ? C'est difficile à croire : j'ai tendance à penser que le public forme son goût selon ce qu'on veut bien lui proposer à voir et à entendre. A Paris, elle n'a d'ailleurs jamais chanté d'opéras, uniquement des concerts. On peut aussi accuser les firmes de disques qui ne l'ont jamais bien servie, au point qu'elle a créé sa propre maison pour enregistrer des œuvres peu connues qui n'auraient pas, selon les majors, attiré le grand public. Ajoutons à cela que sa voix (riche en harmoniques aiguës, comme on l'a vu précédemment) passe mal au disque ; dit autrement, le disque ne rend pas justice à la formidable richesse et au volume moelleux de sa voix.

En Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Espagne, en Slovaquie (sa terre natale) et, c'est un euphémisme, au Japon, elle est adulée comme une déesse. Je ne parle pas de trois opera geeks qui se bousculent pour avoir un autographe ; je parle de la salle entière qui l'attend à la sortie des artistes et de standing ovations qui durent entre quinze et quarante minutes. Et on comprend pourquoi. Depuis quarante ans, elle insuffle aux personnages qu'elles incarne une profondeur humaine, voire humaniste, une impulsion tellement sincère qu'on ne peut qu'y adhérer. Je sais ce qu'on va me dire… Moi aussi, j'ai lu des critiques qui pensaient autrement. On lui reproche soit une certaine vulgarité dans ses effets — notes aiguës prises par dessous (autrement appelé swooping), notes graves soufflées, un certain vérisme inapproprié dans le répertoire belcantiste —, soit une exécution techniquement parfaite mais dépourvue de chaleur. Quand on sait que les mêmes critiques ne jurent que par Callas et Dessay, on a envie de pouffer !

Edita Gruberova a, toute sa carrière, choisi avec précaution des rôles en adéquation avec ses moyens vocaux et fait logiquement évoluer son répertoire, évitant ainsi de s'exposer à des difficultés qui auraient pu compromettre, voire ruiner son talent ; elle s'offre le luxe, depuis quelques années, grâce à une maturation évidente de sa voix et aussi sans doute pour se faire plaisir avant de prendre sa retraite, de chanter sur scène des rôles non seulement éprouvants mais dans lesquels la comparaison avec d'autres grandes chanteuses du passé est rendue plus aisée. Ceci dit, comparer ce qu'elle a choisi de faire passer dans le personnage de Norma par rapport à ce que faisait Callas ou Caballé n'a d'intérêt que dans la recherche d'une pluralité au mieux enrichissante, au pire analytique ; autrement dit, l'écoute comparée, dans le cas de ces trois sommets de l'art lyrique, est, au pire, utile pour se former l'oreille aux subtilités de la technique vocale et, au mieux on a tout à gagner à comprendre diverses lectures et s'imprégner de diverses incarnations d'une même héroïne, en l'occurrence complexe, dans le cas de Norma ou de Lucrezia Borgia.

Bref, réjouissons-nous ! Le 17 décembre prochain, Edita Gruberova offre, accompagnée de son mari chef de l'orchestre d'Oviedo, un florilège d'airs d'opéras de Mozart, Bellini et Donizetti qu'elle a chantés et dont elle connaît les arcanes sur le bout des cordes vocales.

Cher lecteur, je serais bien embarrassé si je devais à présent insérer une vidéo youtube qui permettrait de te rendre compte de l'ampleur du phénomène qui me tient tant à cœur. Mais je sens que tu es impatient d'en voir et en entendre plus que ce que disent mes mots ! Alors, je me dois de choisir, même si c'est difficile… et te propose la scène finale de Roberto Devereux, de Donizetti, dans une mise en scène moderne de l'opéra de Munich :

Et comme je sais être généreux, voici également le célèbre Casta diva, extrait de Norma, de Bellini :

29 novembre 2009

Un opéra révolutionnaire

Publié par illuminations dans Tutta l'opera !

L'Opéra de Paris s'apprête à donner, tout au long du mois de décembre, Andrea Chénier, un opéra d'Umberto Giordano. Alors là, je te sens, lecteur, désarçonné : déjà que l'opéra n'est pas ta tasse de thé, tu n'as jamais (ou presque) entendu parler du compositeur qui, il est vrai, n'a pas la même notoriété que Mozart, Verdi ou Puccini. Mais bon… c'était ça ou je me mettais à relater un nouveau conte de la bécasse !

Bon alors, faisons simple ! Pour te le situer, Umberto Giordano est né en 1867 et mort en 1948. Il est représentatif de cette génération de compositeurs italiens qu'on a qualifiés (parfois abusivement) de véristes, comme Mascagni, Leoncavallo, Puccini (parfois, c'est discutable), Cilea… De quoi s'agit-il ? Même si d'autres experts bien plus éminents que moi ont glosé ad nauseam sur le sujet, je me risque à proposer un résumé en ce qui concerne le domaine de l'opéra, qui tient en deux aspects essentiels. Premièrement, la volonté de mettre en scène non plus des personnages de haute lignée (dieux, nobles, créatures imaginaires, Marie de Rohan) mais des gens simples (cousettes, paysans, villageois, la France d'en bas). Ensuite, une écriture musicale qui tend à exalter, à exacerber le sentiment à fleur de peau, avec, en général, une ligne de chant soutenue, voire tendue, sans ornementation et doublée à l'orchestre. Les détracteurs de ce genre l'ont réduit en dénonçant le caractère facile (on dirait aujourd'hui populiste) et le manque de subtilité de la musique, ainsi qu'une utilisation de la voix à la limite du cri (voire carrément du cri) ; bref, le mauvais goût incarné ! D'autres, comme moi, aiment être transpercés par les émotions directes et sans retenue, et par une musique sans cesse en tension à la recherche d'un paroxysme.

Andrea Chénier, dont l'appellation vériste est, sous certains aspects, discutable, raconte en quatre actes la tourmente révolutionnaire du célèbre poète français. Mais si, souviens-toi… La jeune Tarentine :

Pleurez, doux alcyons, ô vous, oiseaux sacrés,

Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez.

Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine.

Un vaisseau la portait aux bords de Camarine.

Bref, j'en conviens, un poète que l'enseignement du français à l'école n'a pas forcément mis en valeur autant qu'il l'eût pu.

Nous sommes à la veille de la Révolution ; on donne une réception chez la comtesse de Coigny et c'est l'occasion pour notre poète Dédé d'improviser un quatrain qui, au grand dam de l'assemblée réunie, dénonce l'orgueil des riches. Seuls Charles Gérard (Carlo dans le texte), le chef des laquais, ravivé par une conscience de classe, s'en réjouit, ainsi que Madeleine, la fille de la comtesse, qui n'a sans doute pas compris le sens du quatrain mais qui est tombée sous le charme de Dédé. Quelques temps plus tard, la révolution et les sans-culotte grondent : c'est la Terreur avec un T majuscule, flanquée de ses Incroyables, Merveilleuses et autres créatures de l'époque. Chénier est en danger de mort et doit quitter la France mais l'amour le retient. Charles, devenu haut fonctionnaire de la Révolution lui apprend qu'il est sur la liste des condamnés à mort. Mais Charles, également amoureux de Madeleine depuis le début de l'opéra, au moment de signer la condamnation de Chénier, s'aperçoit que son intérêt personnel a pris le dessus sur son idéal de liberté et tente de sauver Chénier, surtout que Madeleine est venue le trouver pour lui raconter sa désormais misérable condition et sa ferme intention de sauver Chénier. Tout continue d'aller mal pour les protagonistes : Charles n'arrive pas à sauver Chénier, Madeleine non plus qui décide alors de le rejoindre dans sa cellule en prenant la place d'une condamnée à mort. Ce sera la guillotine pour tous les deux.

Voilà donc un superbe livret qui réunit les ingrédients de toute bonne histoire à succès : politique, crime, amour, rires (pas tellement, en vérité, si ce n'est jaunes), larmes, trahison et pardon, le tout saupoudré d'une majestueuse scène de procès, de grandioses tableaux de foule et d'une héroïque fin jusque-boutiste qui nous fait dire une fois de plus que la Révolution n'a été qu'un horrible massacre. En plus d'un livret palpitant, cher lecteur, tu as le droit à de magnifiques airs, dont certains sont devenus de véritables tubes, et pas seulement pour le geek d'opéra que je suis.

Chénier se taille la part du lion avec pas moins de trois trophées (voire quatre) pour ténor : Un dì all'azzuro spazio, Sì, fui soldato ! et Come un bel dì di maggio, le premier étant le fameux improvviso engagé donné chez la comtesse, le deuxième son émouvant plaidoyer patriotique lors de son procès et le dernier constituant les ultimes vers du poète à l'orée de sa mort (un peu comme Cavaradossi et son E lucevan le stelle dans Tosca).

Carlo Gérard n'est pas en reste avec son magnifique air Nemico della patria ?!, véritable prise de conscience pour ce personnage qui s'aperçoit de ses désillusions politiques et qui affirme désormais ne croire qu'en la volupté et les sens ; hélas, comme tous les airs de baryton, le public a tendance à les oublier…

Enfin, Maddalena, héroïne et victime oblige, soprano de surcroît, nous offre une page qui compte parmi les plus émouvantes du répertoire, son célèbre La mamma morta. Mais oui, lecteur cinéphile ! il s'agit bien du même air, interprété par Maria Callas, que l'on entend dans le film Philadelphia et sur lequel Tom Hanks, costumé en marin, pleure, tout en racontant à Antonio Banderas de quoi il s'agit. En effet, l'air constitue indéniablement le pic de l'opéra, notamment parce que c'est à ce moment précis que Carlo Gérard, à qui l'air est chanté, prend conscience de la force de l'amour, celui de Maddalena pour Chénier. Il commence par une évocation de l'horreur : le peuple sans culotte et sans pitié a tué la comtesse qui défendait la porte de la chambre de sa fille et ainsi cette dernière a pu être sauvée avant que la demeure familiale ne soit mise à feu et à sang ; depuis, elle erre seule ; tombée malade, elle a été aidée par son ancienne servante qui s'est prostituée pour subvenir à ses besoins. Puis, misérable et sur le point de mourir, elle a reçu une visite, celle de l'Amour qui lui a parlé et lui a demandé de vivre, car “je suis divin, je suis celui qui fait oublier toute cette misère, je suis celui qui transforme la terre en ciel.” Irrésistible ! Recommandation : ne pas oublier la boîte de kleenex à portée de mains. Tiens, lecteur ! comme on a déjà entendu mille fois Callas et comme tu sais que j'ai une nette préférence pour les chanteuses peu télégéniques de la génération précédente, surtout quand elles viennent d'Europe centrale, je te propose Eva Marton en récital en 1994 à l'opéra de Budapest :

Et la même Eva Marton en scène à la Scala en 1985 :

Mentionnons également le très héroïque (et vocalement redoutable, terrifiant même) duo final entre Chénier et Maddalena, en route de conserve vers la guillotine, qui se ponctue par un Viva la morte insiem ! tonitruant et qui nous ramène par la même occasion à l'antique combinaison de ερος et θανατος.

En résumé, il s'agit à la fois d'une fresque historique à grand spectacle et d'un drame humain d’une intensité bouleversante : deux amants broyés par les rouages de l’Histoire, la parole d’un poète qui résonne par-delà le tumulte et que la guillotine fixe dans son éternelle jeunesse et libère par la même occasion.
Donc, je me réjouis d'aller entendre cette œuvre malheureusement rarement donnée en France (alors que bon, on l'aura compris, Dédé, c'est un peu un champion national de la poésie et de la liberté de pensée ! A quand une mise au Panthéon ?). Ce sera même la première fois qu'elle sera représentée à l'Opéra de Paris ; une entrée au répertoire comme on dit (quand on y pense, c'est fou qu'un tel sommet lyrique n'ait jamais fait son entrée sur la plus grande scène nationale !). Rendez-vous demain, lundi, à la générale !

22 novembre 2009

Les contes de la bécasse (volume 2)

Publié par illuminations dans Futile !, Face au miroir

Eh bien oui, cher lecteur ! Tu ne l'attendais pas, et pourtant… voici la suite des aventures de l'oiseau qui n'arrête pas de se faire plumer, la bécasse de service. Commençons par une nouvelle qui n'est ni bonne ni mauvaise : P. a disparu de la circulation : black out total. A., quant à lui, a donné signe de vie ; et c'est de cette nouvelle histoire qu'il va s'agir dans la présente notule.

Alors que la bécasse ne s'y attendait pas du tout, elle reçoit vendredi (hier) à 12h45 un message court de A. qui lui indique qu'il est libre le reste de l'après-midi et qu'il la verrait avec plaisir ; et il l'embrasse. Le petit cœur tendre du volatile ne fait qu'un tour et bondit dans tous les sens. Dès le début de sa pause déjeuner, à 13h et quelques miettes de minute, elle l'appelle pour lui dire que le plaisir serait partagé et qu'elle a justement une pause entre 15h30 et 18h00. Il lui répond du tac au tac que c'est dommage que ce soit si court. Elle se sent flattée, ne se démonte pas et lui souligne que ça fait tout de même deux bonnes heures. Il s'en convainc, lui dit qu'il part déjeuner avec un collègue et qu'il l'attendra à la sortie de son travail à 15h30 ; il l'embrasse.

À peine sa pause déjeuner finie, la bécasse reçoit, à 14h14, un nouveau message court lui indiquant qu'il ne pourra être là qu'à 16h30 ; pas d'explication mais des bises. Bon… elle ne s'inquiète pas outre mesure ; cependant, elle ne peut s'empêcher de gamberger.

Vers 15h15, la bécasse range son costume de pingouin au placard, car elle a fini ses tâches mal payées et ennuyeuses. Elle appelle (et tombe évidemment sur un robot vocal) pour dire qu'elle est sortie plus tôt que prévu et qu'elle est toute prête pour le rendez-vous, si jamais il est possible de se retrouver avant 16h30, surtout qu'elle hésite à rentrer chez elle.

Dix minutes plus tard, la bécasse reçoit un nouveau message court, au ton étonné : “Ah tu n'as pas eu mon message ; je suis dans un musée ; je ne pourrai être là qu'à 17h” ; des “bises” ponctuent. Ben non ! la bécasse n'a pas eu son message ; et puis quel message d'abord ? La bécasse, toute bécasse qu'elle est, fait ses comptes : de 15h30 initialement, on est passé à 17h, et ses deux bonnes heures de rendez-vous se sont réduites à une petite heure de rien du tout. La bécasse se sent lésée, mais surtout elle sent que tout cela finira mal.

Bien décidée à exprimer à ce qu'elle a sur le cœur, la bécasse saisit son téléphone et rappelle immédiatement. Messagerie. La bécasse ne parle pas aux robots et raccroche. L'heure tournant, la bécasse décide, un peu irritée mais fraîche comme le vent d'automne, de ne pas rentrer chez elle et de s'occuper autrement en attendant de renfiler son costume de pingouin.

Vers 15h47 très précises, A. appelle la bécasse. Mais, comme c'est une bécasse et qu'elle était en train de trifouiller son téléphone de ses deux pattes gauches, elle rejette l'appel par mégarde (ou alors exprès inconsciemment, à supposer que les bécasses ont une inconscience). Puis, non sans impatience, elle attend que sa messagerie se manifeste (ding ding) et écoute les mots de A. (qui, lui, accepte de parler aux robots). Alors voilà… il est toujours dans le musée, et comme l'exposition est longue mais passionnante, il ne pourra venir que vers 17h30 ; comme ça risque de faire juste pour se voir, il propose qu'on annule le rendez-vous ; il est désolé mais c'est pour le boulot ; et puis il n'oublie pas qu'on se voie lundi.

Ah ben tiens ! se dit la bécasse, elle n'avait rien noté à propos de A. dans son agenda à la page de lundi… Oui, c'est vrai qu'avec A., ils avaient évoqué ensemble la possibilité de se voir lundi, mais la bécasse avait trouvé cela tellement ridicule qu'ils n'arriv(ass)ent pas à trouver un créneau avant trois semaines qu'elle avait considéré que c'était pour du beurre. Et puis c'était avant que A. ne lui apprenne qu'il réservait ses week-ends à son copain ! Et même c'était avant que la bécasse ne sût que A. avait un copain. Bref, c'était avant tout un tas de choses qui ont leur importance.
Naturellement, la bécasse s'est empressée de récouter le robot pour être bien sûre d'avoir compris… parce que bon… dans les musées, on parle à voix basse et on n'est pas toujours compréhensible, surtout que le robot mange un peu des syllabes. Ben non ! la bécasse a bien tout compris : le rendez-vous est annulé. Alors elle attend. Qu'attend-elle au juste ? Qu'on la rappelle ? L'occasion de s'exprimer, de dire ce qu'elle ressent ? Le moment où elle cessera d'être une bécasse ?

9 novembre 2009

Un cookie, what else ?

Publié par illuminations dans Face au miroir

Si j'étais fainéant, je te renverrais, cher lecteur, à la notule datée du 14 juillet 2009 (Vous n'avez (presque) aucun message) et j'irais me coucher, point à la ligne. Mais je suis autrement plus décidé à livrer ici mon petit quotidien, même s'il diffère peu d'un jour à l'autre…

Pris par je ne sais quel démon du dimanche soir, je me décidai à me rendre à un de ces événements mondains qui fait fureur depuis la rentrée, un tea dance branchouille fréquenté par des garçons à poils sensibles. Comme désormais, cher lecteur, tu me connais et que tu sais quel aquoiboniste je peux être, tu devines que, avant de me décider, je suis passé par toutes les phases d'hésitation possibles, alignant mentalement et sans ciller des arguments aussi subtiles que fallacieux : je n'ai pas de quoi m'habiller pour l'occasion, il va faire froid en sortant, il va faire froid même en y allant etc.

C'est encore une de ces soirées que l'organisateur se croit obligé de pimenter (ou d'agrémenter, comme on voudra) en la rendant (soi-disant) ludique. Ici, il s'agit, à l'instar de soirées pour célibataires, de se coller sur la poitrine (ou ailleurs, mais je ne dis pas où) une étiquette sur laquelle est écrit un mot, tirée au hasard (ou délibérément choisie) à l'entrée, lequel permettra en principe d'échanger des billets doux via un tableau où sont fixés des clous en regard de chaque mot. A priori, c'est plus drôle que des numéros (cf. ma notule du 14 juillet 2009 déjà citée), car il va de soi que le champ lexical dans lequel ont été piochés lesdits mots laisse la part belle à l'amusement et, surtout, épouse parfaitement les préoccupations de la clientèle : Sue Ellen, Plan Q, Mylène, Dominateur, Coquin… Désireux (mais à moitié seulement) de laisser le hasard choisir le patronyme qui allait m'accompagner toute la soirée, je me saisis de deux étiquettes et laissai tomber SANS OGM, séduisant sur le moment mais trop connoté NKM, pour retenir MIGHTY, certes un peu prétentieux mais pleinement à ma mesure (après tout, hein !). Oui, je sais, pour un défenseur de la langue française, c'est impardonnable.

Et me voici lancé dans l'arène. Petit tour du propriétaire, une fois, deux fois, puis phase d'observation stratégique de la piste de danse. Il y a encore peu de monde, mais je ne tarde pas à m'y glisser, au son de quelque rengaine des années 1980. Et que j'te bouge les jambes, et que j'te bouge les bras. Le temps s'écoule, la piste se remplit, on commence à être concassé. Passé un temps, je m'apprête à quitter les lieux mais renonce devant la file d'attente aux vestiaires, composée uniquement de nouveaux arrivants (bon… je ne peux pas ne pas accueillir ce signe du destin : on va voir de quoi est faite la nouvelle fournée). Qu'à cela ne tienne, je me jette à nouveau dans la fosse aux lions, en me trémoussant de plus belle. Et que j'te bouge les jambes, et que j'te bouge les bras. Ayant subtilement déboutonné tous les boutons de ma chemise sauf un, je finis par me faire happer willy nilly dans un train-train-sandwich (désolé, je n'ai pas trouvé d'autre mot… en même temps ça me semble suffisamment explicite) conduit par deux jeunesses insouciantes, dont l'une finit par faire céder le dernier bouton, à force de me tâter le pectoral gauche, et me fait ôter ma chemise. Impunément. Bon… j'ai bien fait de revenir… mais le filon s'épuise vite, les deux éphèbes ne m'ayant visiblement considéré que comme un divertissement passager.

Je continue un moment mes déhanchements, sans chemise. Je finis par me lasser et, quelque peu complexé par mon entourage lui aussi torse nu mais qui arbore des tablettes de chocolat en veux-tu en voilà et des pectoraux gors comme des melons de Cavaillon, je me rhabille et vaque à d'autres occupations, à savoir un tour d'ambiance et un pipi. Ah ben tiens ! ce serait le moment d'aller voir le fameux tableau aux billets doux. Je finis par trouver où il est caché et je finis, l'ordre alphabétique aidant, par trouver MIGHTY. Je scrute de loin. Pas de message. Oui, ben ça, j'aurais pu le dire avant même d'aller voir le tableau ! Je fais mine que rien. Bonjour bonsoir à quelques amis, puis je me dirige à nouveau vers l'entrée et le vestiaire, pour une sortie définitive, trois heures après mon arrivée.

Alors voyons pourquoi j'ai un goût amer… Bien sûr, il y a la permanente sensation d'être transparent et d'être ignoré. Pas deux lignes de dialogue échangées dans la soirée. Pas de message, mais je préfère relativiser en pensant que le niveau général en anglais des cookies (c'est le pseudonyme que l'on donne aux participants de l'événement) ne leur permet sans doute pas de retenir un mot aussi difficile que celui qui m'a été attribué, sans parler de savoir ce qu'il signifie ! Bien sûr, il y a aussi le profond malaise à croiser des visages que je connais par ailleurs et que je reconnais, sans qu'il y ait une quelconque marque de réciproque. Par exemple, il y avait celui qui n'arrête pas de me dévisager à la salle de sport mais qui, là, étrangement, baisse ou détourne (c'est selon) le regard en me voyant approcher. Il y a aussi S., mon nouvel ami Facebook ; bon, c'est vrai que lui, il ne sait pas qui je suis, donc c'est normal qu'il ne me reconnaisse pas !

Si l'on regarde les plus, il y a évidemment l'épisode du train-sandwich; la musique aussi : répertoire parfaitement en adéquation avec mes connaissances dans le domaine de la pop et enchaînements bien exécutés (autrement dit, le mixeur est bon !) ; j'ai aussi trouvé plus de facilité dans certains pas de danse, plus d'audace, plus de souplesse et de nouvelles sensations (à croire que mes cours de barre au sol finissent par payer !).

Je finis par croire que je suis tout le contraire de ce milieu de la nuit. En un sens, je devrais être content : être le contraire de la superficialité, ça devrait me convenir. En réalité, dans ce contexte, je subis la comparaison aux autres, plus séduisants, plus épanouis, plus amoureux, plus sociables etc. et je passe mon temps à me juger ; il n'y a rien de pire pour le moral. Je ne suis pas, d'évidence, le garçon dont le charme à fleur de peau s'étale naturellement sur un dancefloor. Tu auras raison, cher lecteur, de m'objecter que je m'épanouis sans limites lorsque ledit dancefloor est noyé sous l'écume. Certes, mais cela ne fait que renforcer l'idée que je suis le garçon facile et frustré qu'on utilise au coin d'une douche, d'un vestiaire ou d'une crête de mousse. Ca me consterne d'écrire ça, mais les faits sont là !

Pensée positive, somme toute, avant d'aller sous la couette : demain, je vais retrouver les tapeurs de pieds de niveau intermédiaire et, en particulier, le charmant F., dont le cas fera probablement l'objet d'une notule dans un futur proche.

6 novembre 2009

Les contes de la bécasse

Publié par illuminations dans Futile !, Face au miroir

Non, cher lecteur, je ne vais pas te prendre le chou avec les fameuses nouvelles de Maupassant que ma professeure de français de quatrième tenait pour la quintessence de la littérature française (du moins, à ce que j'ai compris, juste derrière Claire ou la vraie vie !). Non, donc… je ne vais pas parler littérature, mais tout simplement conter une nouvelle fois mes déconfitures sentimentales.

Résumé des épisodes précédents : P. est d'une mollesse sans nom, déploie un enthousiasme de ligne 10 un jour de grève et n'a pas saisi les rouages de la séduction, tandis que A., de prime abord audacieux et entreprenant, était resté en mode silencieux, pensant probablement que c'était à moi de donner signe de vie. Ce que je fis.

J'appelai donc A. il y a quelques minutes pour lui renouveler mon souhait déjà exprimé par texto : le revoir. Je lui propose ce dimanche ; il me répond que, ce week-end ce n'est pas possible : il a un dîner (sic ! mais je ne relève pas de prime abord… je ne savais pas qu'on pouvait dîner deux jours de suite sans s'arrêter…). Travaillant tous les soirs de la semaine prochaine, je suis bien marri de ne pouvoir me libérer sous huit jours et je suis presque sur le point de culpabiliser de rendre si difficile notre projet commun de nous revoir. Les discussions nous conduisent à fixer un rendez-vous dans dix-huit jours ; je trouve ça évidemment ridicule et lui fais part de l'absurde de la situation. Puis, en y regardant de plus près, je trouve miraculeusement un bout d'agenda libre samedi soir en huit et le lui propose. Il rétorque que “ah mais tu vois, en fait, les week-ends, ce n'est pas possible ; je ne sais pas si je te l'ai dit, j'ai un ami, et les week-ends, je les lui consacre” (pas verbatim, mais la substance y est). Je ne rate pas l'occasion de dire que “non, je ne savais pas que tu avais un ami… c'était un élément dont tu ne m'avais pas informé“. Ça m'apprendra à ne pas poser de questions !

Et le prix de la meilleure bécasse est décerné à…

28 octobre 2009

Incorrigible Natalie D.

Publié par illuminations dans Tutta l'opera !

Invitée sur France μ ce matin, Natalie D. nous faisait part de ses impressions sur sa prise de rôle puccinien. Reconnaissant qu'elle n'a pas (encore ?) trouvé l'adéquation nécessaire au style, elle a souligné la difficulté majeure qu'elle éprouve dans ce répertoire : c'est difficile, il faut souvent regarder souvent le chef ! Nous voilà fixés ! Elle a indiqué qu'elle avait douze représentations pour faire que cette musique lui devienne une seconde nature ; personnellement, j'aurais préféré que ce fût le cas avant la première représentation, ou qu'elle s'abstînt de s'aventurer dans ce domaine ! Non, mais franchement, on nous prend pour des bécasses ou quoi ?! Elle est en train d'avouer qu'elle ne se sent pas prête à chanter le rôle et après, on est censé se précipiter pour la voir !?

Par ailleurs, elle a annoncé plusieurs projets et prises de rôle : Giulio Cesare sous la direction d'Emmanuelle Haïm en 2010 à l'Opéra de Paris (gageons qu'elle chantera Cleopatra, mais ne jurons de rien, on pourrait être surpris qu'elle se retrouve dans le rôle titre !), Antonia dans une version filmée des Contes d'Hoffmann (pas sûr d'avoir compris exactement de quoi il s'agissait), Blanche de la Force dans Dialogues des Carmélites (pas de précision de lieu ou de date… on peut supposer que ce sera à l'étranger…) et Traviata à Aix en 2011.

Pour en revenir à Puccini, pour expliquer pourquoi elle n'en avait jamais chanté avant (réponse à une question d'une des deux cruches qui servent d'animateurs), elle précisait, un peu par dépit, un peu confuse, que Musette était le seul rôle écrit pour son type de voix. Je luis suggère de regarder de plus près : elle ferait une excellente Kate Pinkerton, ou, mieux, une parfaite Wowkle de Fanciulla del West ! Mais ne soyons pas sarcastiques ! J'ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de la justesse de son jeu dans le final de Bohème. Alors réjouissons-nous et oublions un peu ses guignolades !

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